CAZELLES ET GARIOTTES
TERMINOLOGIE :
Gariotte : On appelle plutôt
ainsi les guérites aménagées dans
les murs ou les cayrous ( tas de pierres ). Ce sont de simples abris
individuels.
Cazelles : Toute construction à
pierre sèche ( c'est-à-dire sans mortier d'aucune sorte ni
argile ) de petite dimension, et couverte également en pierre. De
plan généralement rond, à couverture généralement
en coupole encorbellée.
Cabane : C'est le terme générique
le plus approprié, utilisé par les quercynois eux-mêmes
et par les textes anciens.
DATATION :
Les cabanes lotoises, comme les
bories de Provence ou les cabanes périgourdines, sont toutes des
constructions du XIX° siècle ( premier tiers ). Les cabanes
antérieures à la Révolution
sont extrêmement rares.
Cette période a vu la démographie
lotoise atteindre son maximum, ce qui a entraîné une forte
activité de défrichement et donc d'épierrement.
ORIGINE :
Les cabanes à pierre sèche
sont constituées d'une voûte encorbellée, elle-même
recouverte par des lauzes. Le principe de l'encorbellement consiste à
poser les pierres à plat, par assises régulières,avec
un surplomb vers l'intérieur à chaque assise : aucun
coffrage ni cintre n'était nécessaire, et ce pour des surfaces
de formes variées ( plan carré, rond, etc...)
La technique de construction de
la voûte encorbellée à sec est très ancienne.Toutefois
l'archéologie préhistorique ne décèle pas de
cabane à pierre sèche en Quercy mais plutôt
des constructions en bois, matériaux végétaux
et torchis.
USAGES :
Il s'agissait d'abris
pour le matériel agricole ( outils, provisions
de la journée...) sur des parcelles éloignées. On
s'y abritait de l'orage ou de la canicule.On y
mettait à l'abri l'agneau nouveau-né, la brebis malade,un
peu de fourrage, une provision de bois....Certaines cabanes ont été
habitées au moment de forte expansion démographique ( 1810-
1840 ) et parfois dotées de cheminées, voire de fenêtres.
( D'après " Quercy-Recherche
" ; articles de Jean-Luc Obereiner )
Le terme générique
qui englobe à priori les abris ou petites constructions à
pierre sèche est celui de cabane. Il offre un triple avantage :d'abord
il s'agit d'un vocable occitan bien attesté, avec par exempleles
cabanons provençaux, les cabanes pyrénéennes,les chabanas
du Périgord ; ensuite il est courant dans la langue française
; et enfin c'est celui que l'on trouve le plus fréquemment
dans les textes anciens ou dans la bouche des paysans, tout au moins
lorsque ces derniers n'ont pas adopté le langage des villes
! En Quercy il est utilisé dès le XV° siècle (cabana)
et il semble s'appliquer plutôt aux causses méridionaux, au
sud de la rivière Lot (Lassure 1977 ). Qu'en est-il maintenant des
gariottes et des cazelles ?
On remarquera d'abord que c'est
le terme de " gariotte " qui a séduit l'ensemble du " grand public",
c'est-à-dire les résidents secondaires et les touristes,
tous influencés par les textes des guides, des brochures, des dépliants,
des cartespostales. La plupart des Lotois ont suivi, dans tous les milieux
qui ont perdu le vécu paysan. A. Cayla, dans ses ouvrages d'érudit
local,utilise systématiquement ce terme, alors même
qu'il montre des cazelles et ne propose dans tous ses ouvrages
qu'une seule et unique gariotte.Le terme " cazelle " est bien
moins usité. Certains le déforment curieusement
en " gazelle ", qui est parfaitement infondé.
Pour comprendre, il faut
revenir à la typologie générale des constructions
à pierre sèche, et c'est une histoire qui commence avec....
l'agriculture.
Issue de l'épierrement deschamps
après les labours, la pierre n'est pas recherchée en
tant que telle, comme matériau. Elle constitue plutôt un déblai
important qu'il convient d'éliminer. Le mode présent que
nous utilisons ici est celui, bien sûr, du XIX° siècle,cette
période d'intense activité rurale, entre 1830 et 1880,qui
voit se généraliser l'usage nouveau de charrues
véritables; contrairement aux antiques araires qui égratignaient
le sol, qui le scarifiaient, ces charrues à soc et versoir
vont plus profond, détachent les couches superficielles
de calcaire altéré et en ramènent à la surface
les blocs plus ou moins volumineux.Le déblai est abondant et lourd.
Il est donc exclu de le transporter au loin. Il va rester aux bords
des champs, sous deux formes : les décharges en vrac,
en tas, en cayrous, et les murettes....
...D'autre part, la vie paysanne,
si elle est faite de cultures et de labours, possède une forte composante
d'élevage. Petit et gros cheptel sont présents sur toute
ferme, de la vache à la brebis, en passant par la chèvre,l'oie,
le dindon et quelques autres. Il faut les nourrir en les menant sur diverses
pièces de terre de l'exploitation, selon un parcours varié
et une rotation subtile, établis en fonction des étapes
du travail agricole, des saisons, de la nature des animaux, de leur âge,etc.
Ce parcours fin et ces séjours très dosés sur
de multiples parcelles exigent un gardiennage permanent assuré par
les enfants,les adolescents, ou les vieux. Or, qui dit garder dit s'exposer
de longues heures au soleil parfois excessif, à la pluie éventuelle,au
vent mauvais, toutes choses supportables si l'on travaille, mais peu
compatibles avec l'inactivité.
A ce point il devient tout à
fait éclairant de réaliser que le même mot de garde,
utilisé à la campagne et à l'armée, entraîne
l'usage d'un autre mot identique, lié au même besoin d'abri
sommaire, celui de guérite. ( gariotte )
Les gariottes-guerites seront donc
ces abris individuels étroits et dépourvus d'huisserie des
bergers de toutes sortes. Et comme il faut rester sur ou en bordure de
parcelles,là où sont murettes et cayrous, eh bien ce sera
dans l'épaisseur de ces derniers qu'elles seront aménagées.....
Qu'en est-il maintenant des cazelles
? Ici aussi l'étymologie est transparente, même pour le non-spécialiste
: la case dont cazelle est un diminutif, est un terme connu de tous, dérivé
directement du latin casa où il signifiait cabane, chaumière
( F. Gaffiot )
Une cazelle est donc bien une construction
à part entière : non plus un vide aménagé dans
un volume de pierre comme la gariotte, mais un espace abrité créé
grâce à des murs et à un couvrement. Construction
véritable, et donc dotée d'une porte, là où
la gariotte n'avait qu'une ouverture, une porte étant une ouverture
dotée d'un vantail mobile et verrouillable qui
autorise une fermeture.
Bien entendu, à partir du
moment où l'on distingue deux types de construction à pierres
èche parfaitement différenciés on peut s'attendre
à des constructions que l'on qualifiera soit d'atypiques, soit d'intermédiaires.
Et de fait on trouve : des gariottes agrandies, où l'espace est
plus important, mais encore englobées dans un cayrou ; des gariottes
" tournantes ", où, sitôt après l'entrée
le volume se développe par un coude à 90°
vers la gauche ou la droite ; des cabanes de petite dimensions sans porte,
à simple ouverture, étroitement dépendantes
d'une murette mais dont le volume propre émerge de cette
dernière ; des cazelles de très petites dimensions, certes
indépendantes cette fois de tout cayrou ou murette mais non
encore dotées de portes.
( D'après " Quercy-Recherche
" ; articles de Jean-Luc Obereiner )
Pour voir encore quelques cazelles
ou gariottes : Cliquer
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